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Les questions dangereuses, de Lionel Davoust

Les questions dangereuses, de Lionel Davoust (one shot, éditions Actu SF)

Un assassinat en 1637 et c’est un duel épique qui va naître. Le mancequetaire Thésard de la Meulière va partir en quête de vérité grâce à ses questions dangereuses.

Un court résumé et une courte chronique pour un court texte. Il s’agit en effet d’une nouvelle de 70 pages complétée par une interview de Lionel Davoust, si ce n’est aussi longue, au moins aussi intéressante que le texte lui-même.
Dans Les Questions Dangereuse, tout est clin d’oeil. Il y en a même de nombreux que je n’ai (probablement) pas vus parce que je manque de culture (sans doute).
Chaque mot, chaque nom, est un clin d’oeil à un autre qui existe vraiment. Ainsi, le récit prend plusieurs dimensions. Les mousquetaires deviennent des mancequetaires se battant avec les mots et des questions pour lesquelles vous avez plutôt intérêt à avoir la réponse. Des sphinx à chapeaux.
A la manière de certains textes connus comme les célèbres Exercices de style de Raymond Queneau, Les Questions Dangereuses est un exercice de l’auteur qui s’est beaucoup amusé à l’écrire, c’est indéniable. Il a repris un classique d’Alexandre Dumas, les fameux 3 mousquetaires, pour reprendre les codes du genre et jouer avec, s’en amuser, les dénoncer.
Il y avait de la difficulté pour caser des noms et surtout ne pas se prendre les pieds dans le tapis, et Lionel Davoust s’en est bien sorti avec sa production.
Comme beaucoup, je trouve un peu frustrant que le texte ne soit pas plus long, mais plus long ne l’aurait-il pas rendu aussi plus ennuyeux, moins sympa ? Ne dit-on pas que les meilleures blagues sont les plus courtes ?
Le choix est donc un bon choix (mais venant de Lionel Davoust, je n’en doutais pas). Il a su s’arrêter à temps.
A noter aussi l’interview en deuxième partie d’ouvrage, que j’ai trouvé encore plus intéressante que le livre en lui-même. C’est une bonne façon de compléter le texte, de l’éclairer depuis les coulisses, et de faire connaissance avec un auteur que je connaissais jusqu’à présent surtout à travers son blog (mais je suis heureuse de l’avoir rencontré au dernier festival des Aventuriales et j’ai hâte de lire le premier tome des Dieux Sauvages, actuellement dans ma PAL).
La lecture de ce petit texte oblige à une gymnastique intellectuelle que j’apprécie.
Mon seul regret n’est pas celui de la longueur du texte, mais plutôt que nous n’avons pas toutes les réponses aux questions posées dans l’histoire. Je n’ai en effet pas tout trouvé !
A savourer comme une entrée ou un petit apéro à l’été.

Pour qui : les lecteurs désireux de lire des expériences originales.

Les + : on rigole, on cherche (on trouve, parfois) et on fait fonctionner son cerveau.

Les – : texte un peu court, on n’a pas toutes les réponses aux questions posées (que va-t-il donc nous arriver à nous, les pauvres lecteurs qui n’ont pas répondu à toutes les questions dangereuses ?).

Infos pratiques
Poche: 120 pages
Editeur : ActuSF (3 janvier 2019)
Collection : Hélios
Langue : Français
ISBN-10: 2366299796
ISBN-13: 978-2366299793

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L’ours et le rossignol, de Katherine Arden

L’ours et le rossignol, de Katherine Arden (one shot, éditions Denoël)

Dans un village russe, loin de Moscou, une mère accouche d’une fille. Son ultime cadeau au monde avant de s’éteindre.
Marina, la femme de Piotr, promet à son mari avant de mourir que leur fille sera unique.
Ainsi naît la petite Vassia. Plus elle grandit et plus la petite fille développe des dons uniques. On la dit sorcière, on la prétend tentatrice.
En effet, Vassia peut voir les démons et les ombres qui entourent le village, prêtes à se refermer sur lui et à engloutir tous ses habitants.
Il faudra à beaucoup de courage à Vassia pour prendre son destin en main contre les cages dans lesquelles on essaiera de l’enfermer, et sauver les siens.

Je ne lis pas souvent d’ouvrages ayant pour décor le vaste pays-continent qu’est la Russie. Cet ouvrage est une exception particulièrement immersive dans un monde immense et rude, froid, lointain aussi bien géographiquement que temporellement.
Katherine Arden a placé son texte dans une époque lointaine, médiévale, celle où les femmes étaient mariées par intérêt et où les paysans qui avaient des terres régnaient sur leur village.
On est très vite plongé dans l’ambiance de ce pays grâce à l’utilisation de termes tout à fait typiques, mais aussi des descriptions pointues, précises, fines et ciselées qui nous plonge dans cet univers glacé dès les premières pages. J’ai plusieurs fois retrouvé un peu de l’ambiance russe présente dans la série de James Rollins et Rebecca Cantrell des Sanguinistes.
Katherine Arden mêle à son texte des contes et légendes du floklore russe. Je dois avouer ne pas suffisamment les connaître pour avoir un avis sur leur exploitation ici. Tout ce que j’en sais, c’est que cela a rendu le texte très dense.
Voir trop dense.
En effet, il y a énormément d’informations et d’éléments dans le livre. Entre les gens, les démons, les chevaux qui parlent, les pouvoir de Vassia… l’ensemble m’a parut un peu trop confus.
Ce qui m’a manqué, c’est l’absence d’un fil conducteur. Sur la forme, le livre est très bien écrit, immersif etc… mais je ne savais pas où on voulait m’amener. Où vont les personnages ? A quoi sont-ils promis ? Je ne comprenais pas à quoi servait l’histoire. J’ai lu un peu par obligation, pour voir où tout cela allait mener. je pensais que les éléments finiraient par s’assembler à la fin, comme un puzzle, ce qui a été plus ou moins le cas, mais pas vraiment.
De fait, plusieurs scènes, assez longues, n’ont pas tellement d’utilité dans le roman. Celui-ci n’est pas très épais (350 pages) et se déroule pourtant sur une quinzaine d’années. On passe ainsi d’année en année, de personnage en personnage, assez rapidement, sans prendre le temps, et c’est ce qui m’a manqué.
Le personnage de Konstantin reste sous-exploité. J’en attendais plus, mais il se fait éclipser à la fin par les deux frères-démons. Pourquoi insiste-t-on autant sur le fait qu’un des frères de Vassia veut devenir prêtre et se retirer du monde ? J’ai longtemps pensé que l’on allait nous faire surgir une figure à la Raspoutine (on parle bien d’ours), mais non.
Néanmoins, L’ours et le rossignol, comme le laisse penser son titre, est tout en poésie et en allégories. Une poésie froide, cruelle, et éprise de liberté.
Le personnage de Vassia est incontestablement moderne. C’est une femme qui, à cause de son désir de vivre par elle-même, sera menacée, mise au ban d’une société qui la regardera comme une sorcière, un démon. Parce qu’elle n’entre dans aucune case, on voudra l’éloigner, s’en débarrasser, voir la tuer.
Je n’ai pu m’empêcher de trouver dans ce récit médiéval un écho moderne. Les démons sont toujours là, prêts à dévorer les êtres différents, ceux qui n’auraient pas la force de se battre pour les idéaux.
En bref, L’ours et le rossignol est une lecture qui fait se poser des questions, tout en découvrant un territoire encore trop inexploré pour nous autres européens de l’ouest.

Pour qui : les lecteurs qui aiment les contes, les lectures hivernales, la russie et son ambiance si particulière.

Les + : la figure de Vassia, femme libre et qui prend son destin en main, un style impeccable, immersif, des descriptions parfaites et des personnages émouvants.

Les – : beaucoup trop d’éléments dans l’ouvrage, et il manque un fil conducteur pour donner l’intérêt de tourner les pages.

Infos pratiques
Broché: 368 pages
Editeur : Denoël (17 janvier 2019)
Collection : Lunes d’encre
Langue : Français
ISBN-10: 2207143937
ISBN-13: 978-2207143933

 

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