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Face au dragon, d’Isabelle Bauthian

Face au dragon, d’Isabelle Bauthian (one shot, éditions projets-sillex)

Après avoir giflé une de ses camarades qui l’avait fait sortir de ses gonds, Polyxène (alias Poly) peine à réaliser la portée de son acte. La jeune fille, d’habitude si réservée, a eu un geste qui va bouleverser sa vie bien plus qu’elle n’aurait pu l’imaginer.
En effet, désemparée, elle se met à courir pour échapper à sa situation… et arrive sur une île mystérieuse. Très vite, elle sera recueillie par un trio de jeunes gens venus d’autres époques, et sera confrontée à la dure loi de la vie en communauté. Quand les mœurs et les mentalités diffèrent, mais qu’il y a un but commun, Poly et ses compagnons apprendront à unir leur force pour quitter l’île et échapper à son gardien : un terrifiant dragon.

Tout premier projet de l’ambitieuse et innovante maison d’édition Projets Sillex, Face au Dragon est ce qu’on peut appeler une pépite.
Je ne connaissais pas Isabelle Bauthian avant de lire cet ouvrage, et n’avait donc aucune idée de ce que j’allais y trouver.
Bien sûr, ce serait mentir de dire que la sublime couverture concoctée par Qistina Khalidah ne m’avait pas placé dans de sympathiques conditions pour me plonger dans l’univers, mais si j’ai autant aimé ce titre, ce n’est pas pour sa forme.
Plutôt pour son fond.
En effet, la première chose à noter est que l’héroïne n’est pas ordinaire (en fait si, peut-être même un peu trop, ce qui la rend totalement originale dans le paysage littéraire). Poly a été adoptée, elle a la peau noire, des lunettes, est du genre première de la classe et trimbale avec elle un léger handicap : elle est dyspraxique. En d’autres thermes : Poly est une humaine très imparfaite et de fait très ordinaire. Mais c’est assez rare pour être souligné en littérature.
Si bien que dès le départ, j’ai adoré Poly (bien que n’ayant rien en commun avec elle, puisque je ne porte même plus mes lunettes ces derniers mois). Le travail d’identification fonctionne pourtant très bien, et l’autrice a su distiller dans le récit des rappels aux imperfections de l’héroïne. Ainsi, on n’oublie jamais les différences, et ces petits détails vont même être transformés en forces pour montrer que ce qui est différent fait avant tout la force des uns et des autres.
Les différents protagonistes ne sont pas en reste et possèdent tous une personnalité qui leur est propre. Certes, chacun entre dans une case dès le départ et n’en sortira pas vraiment mais cela permet d’explorer plusieurs caractères et comportements.
Isabelle Bauthian a choisi d’envoyer ce quatuor venus d’époques différentes sur une même île où ils vont avoir tout le temps d’apprendre à grandir et à ouvrir leur esprit. Ils pourront tous évoluer, apprendre les uns des autres, se construire et se poser des questions de leur âge. Certes, ils ont tous un passé, ils sont arrivés sur cette île purgatoire presque par hasard, mais au fil des pages, on comprends qu’ils ne sont pas là pour rien.
C’est plus qu’un voyage initiatique, et surtout pas un voyage touristique. Le style d’Isabelle Bauthian est propice à l’introspection. Nous entrons souvent dans la tête des personnages pour découvrir ce qui les tourmente, et voir que les situations sont souvent plus complexes qu’elles n’y paraissent.
J’ai apprécié le voyage et accompagner ces héros tous très différentes mais attachants.
Aussi, l’autrice a su créer une ambiance sur son île. J’ai adoré me plonger des heures durant dans le livre, avec l’idée que j’allais voyager. En effet, l’île est dépaysante, et malgré tous les dangers qu’elle contient, je m’y suis sentie bien. A la lecture de Face au Dragon, je me suis évadée, j’ai été un peu aventurière, et je me suis dit que j’adorerais posséder une grotte, moi aussi.
Plus je tournais les pages et plus je me demandais comment l’histoire allait se terminer. L’autrice allait-elle aller dans la facilité ? Allait-elle me surprendre ?
Je m’attendais un peu à la fin, mais j’ai été surprise. Le traitement des 90 dernières pages est original, intéressant. Il répond à de multiples questions de manière fine et bien amenée. C’était un plaisir que de rester encore un peu avec les personnages.
Et j’ai beaucoup aimé la toute fin, mais je ne vous dirai pas pourquoi.
La seule chose sur laquelle j’aurais aimé avoir plus de matière, c’est le fameux dragon. Bien qu’il soit présent à la fois sur la couverture et dans le titre, sa figure reste très en arrière-plan, et on ne sait que peu de choses sur lui. La fin du livre nous en dévoile un peu plus, mais il manque un peu de consistance sur l’ensemble des 462 pages dont est fait le titre (et c’est écrit petit, c’est un beau volume).
Néanmoins je ne peux qu’encourager tous les lecteurs à soutenir cette nouvelle structure et le lancement de ce premier projet, si vous aimez les lectures qui font réfléchir mais qui divertissent, si vous avez envie de vous évader et de vous attacher à des personnages qui nous ressemblent.
Projets Sillex place la barre très haute avec ce premier ouvrage et marque son ambition de proposer de la littérature de qualité dans les années à venir.

Pour qui : réduire cet ouvrage à un public jeunesse serait faire passer une partie de son lectorat à côté. Il peut être lu par des adultes et des adolescents, les lecteurs qui aiment s’évader mais aussi réfléchir, ceux qui aiment les dragons et les quêtes.

Les + : une héroïne très humaine, des personnages très attachants, un style immersif qui nous embarque avec lui et une magnifique couverture. Le livre a de l’épaisseur, tout comme son histoire, qui est plus profonde qu’on ne pourrait le penser de prime abord.

Les – : j’aurais peut-être aimé en apprendre un peu plus sur le dragon, et le voir d’avantage.

Infos pratiques :
Pages : 462
Format : A5
Sortie : Février 2019 (mais en achat dès maintenant et pendant 1 mois sur le site www.projets-sillex.com , passé la campagne il sera trop tard )

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The Revolution Of Ivy, Amy Engel

The Revolution Of Ivy, de Amy Engel (tome 2 du diptyque The Book Of Ivy, éditions PKJ)

Ivy est à présent de l’autre côté du mur, condamnée à se battre pour survivre. Passé le choc, elle va devoir décider ce qu’elle veut faire de sa vie… si elle veut survivre.
La route est longue jusqu’à l’acceptation du sacrifice et de la trahison.

Cette suite est dans la ligne directe du premier, The Book of Ivy. On aurait d’ailleurs très bien pu réunir les deux ouvrages en un seul, et séparer simplement en une première partie et une seconde, tant l’histoire est exactement dans la même veine. Je ne comprends pas pourquoi le choix s’est porté sur deux ouvrages au lieu d’un car pour moi qui les ai lus à la suite, j’ai eu l’impression de regarder un film avec une coupure publicitaire au milieu. C’est tout. On a le même ton, les mêmes partis pris, la même atmosphère et le même rythme.
Certes, ici, nous sommes de l’autre côté du mur. C’est la seule différence puisque tout le reste est déjà familier.
Nous allons retrouver Ivy et les autres protagonistes, accompagnés pour l’occasion de quelques nouveaux parce qu’il faut bien.
Cette suite est un peu moins prévisible que la première partie mais reste globalement dans le même esprit. Les personnages n’évoluent pas et on suit leurs péripéties avec un sourire.
Je resterai vague car je ne veux pas spoiler mais certains passages m’ont semblé un peu tirés par les cheveux, voir carrément pas crédibles.
Une fois encore, les personnages manquent de nuance : s’ils portent l’étiquette « gentil », alors ils le seront. Idem si leur étiquette est « méchant » ou « traître ». On peut le voir à l’avance et en cela l’histoire n’a rien de surprenant.
En revanche, ces personnages sont attachants et, peut-être parce que je lisais pendant la période des fêtes de Noël et que mon coeur aspirait à la légèreté et à l’amour, je les ai bien aimé.
Beaucoup moins Ivy que les autres, mais globalement ils sont sympathiques.
Ivy est un peu a part car j’ai eu l’impression tout au long des deux tomes qu’elle aurait pu empêcher toute cette histoire d’un simple mot. Je n’ai pas compris pourquoi elle persistait à vouloir mentir et cacher des choses, y compris quand il était évident qu’elle pouvait parler librement. Cela n’a eu pour effet qu’alourdir l’ambiance du roman, la rendre pesante et la ralentir. J’ai eu l’impression qu’elle se retenait uniquement pour faire durer l’intrigue en créant de nouveaux problèmes. C’est le plus gros point noir du roman, à mon sens : souvent je n’y ai pas cru. N’importe quelle fille aurait crié à son amour les raisons de son attitude au lieu de ne rien dire et se le mettre à dos. N’importe quelle fille aurait dit la vérité au lieu d’un mensonge pour sauver les siens, n’importe qui aurait avoué ses sentiments à ses proches au lieu de les garder enfouis sans rien dire. Dans les circonstances du roman, une personne normale aurait cherché à mettre fin à ses problèmes par la parole, pour que la souffrance cesse rapidement.
Pas Ivy, qui persiste à mentir, envenimer, et faire trainer.
Pour le style, il est classique mais se lit bien. J’ai apprécié la petite communauté, les péripéties et l’angoisse du village fermé. Le dénouement ne crée pas beaucoup de surprise mais suffisamment pour que l’on ressente un petit quelque chose. C’était une agréable lecture de vacances.
Pas de celles qui marqueront votre vie, et je n’en aurais pas fait un best seller, mais c’était divertissant.

Pour qui : les lecteurs qui ont lu le premier tome.

Les + : des personnages attachants dans l’ensemble, un style immersif et un univers intéressant.

Les – : l’attitude d’Ivy n’est pas crédible, elle fait trainer l’intrigue par ses mensonges et sa dissimulation, je n’ai pas compris pourquoi le livre avait été coupé en deux au lieu de ne faire qu’un seul ouvrage en deux parties.

Infos pratiques
Poche: 288 pages
Editeur : Pocket Jeunesse (6 avril 2017)
Collection : HORS COL SERIEL
Langue : Français
ISBN-10: 2266270222
ISBN-13: 978-2266270229

 

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