La voix brisée de Madharva, de Mathieu Rivero

la-voix-brisee-de-madharvaLa voix brisée de Madharva, de Mathieu Rivero (one shot, éditions Walrus)

Madharva, star incontestée de la chanson et cyborg assumée, est sauvagement tabassée à la sortie d’un de ses concerts. Laissée dans un état lamentable, elle se demande qui peut lui en vouloir au point de lui nuire ainsi. Pour quelle raison ce déchaînement de haine et de violence. Parce qu’elle n’est plus vraiment humaine ?
Pour le savoir, elle fait appel à David De Vries, habitué des contrats chauds et des situations délicates. Cet humain aux compétences connues et reconnues a l’habitude de faire le sale boulot.
Or, cette fois, l’affaire dans laquelle il va être plongé pourrait bien marquer un tournant dans sa carrière.
Dans sa carrière humaine, surtout.

ROMAN COUP DE COEUR

Madharva a tout de la star moderne et actuelle. A l’image d’une Lady Gaga, elle semble même carrément surnaturelle, avec son look déjanté et sa voix mixée, elle pourrait tout à fait être déjà parmi nous.
Pourtant Madharva est une cyborg. Pas un robot, non. Une femme originellement humaine et qui a été modifiée à l’aide d’implants et d’augmentations diverses. Une sorte d’extension de notre vie actuelle.
L’histoire ne se déroule qu’à quelques dizaines d’années de nous avec une modernité et un réalisme très convainquant. Mathieu Rivero n’a pas voulu faire de ses personnages des êtres tout-puissants où l’humanité ne se trouverait plus que dans leurs souvenirs.
J’ai vraiment beaucoup aimé ce titre qui est, je crois, mon préféré après Or et Nuit et Chimère Captive.
Ici, le style est impulsif. On suit David de Vries, un « homme à contrat », ce qui n’a pas été sans me rappeler la série de Jeff Balek Le Waldganger, que j’avais déjà appréciée pour cette même qualité. Le personnage principal est charismatique sans être infaillible. Il a du caractère et il lui arrive pas mal de tuiles. Le tout servi par un style maîtrisé, comme toujours, et très dynamique. On est ici dans un roman d’action et pas de description. Il n’y a guère de temps mort et les péripéties s’enchaînent avec un bon rythme pour nous entraîner jusqu’à la fin.
Quand je dis que l’ensemble est maîtrisé, c’est bien parce qu’il serait aisé de tomber dans le piège de la rapidité et, finalement, de bâcler l’intrigue. Ce qui n’est absolument pas le cas ici. La rapidité des actions sert cette histoire originale et prenante.
Les personnages sont campés avec crédibilité. Qu’il s’agisse de Madharva, de son garde du corps, de David, Caroline ou les membres du labo, chacun a sa personnalité et sa place, son rôle à jouer.
Ce que j’ai également apprécié dans ce titre est l’ensemble des questions qu’il pose au sujet du rapport au corps et à ses performances : pourquoi vouloir être plus performant ? L’utilisation de prothèse nous rend-elle moins humain ? Que penser des personnes qui modifient leur organisme pour « l’augmenter » ? Il est par exemple fait référence à des Jeux Olympiques Augmentés, réservés aux humains ayant subis ce genre d’opération ; pas obligatoirement des personnes en situation de handicap mais bien des personnes qui auraient choisi des implants pour augmenter leurs performances. Cette question est on ne peut plus moderne, bien que l’intrigue se passe dans le futur. On sait que de telles questions préoccupent déjà les organisateurs des jeux à l’heure actuelle. On connaît tous les prothèses de course portées par Oscar Pistorius, qui avait fait la demande de se présenter aux J.O de Londres (2012) avec les valides, ce qui lui a été refusé après étude (celles-ci ayant conclu que ses prothèses lui conféraient un avantage par rapports aux performances des valides).
Le texte explore alors le rapport de force entre humains « normaux » et humains « augmentés ». On assiste à la création de deux camps qui ne se tolèrent pas forcément, chacun ayant ses arguments pour en vouloir à l’autre. Au lecteur de se forger sa propre opinion et de réfléchir à cette problématique.
Comme je l’ai déjà dit je suis de ces lecteurs qui aiment quand une lecture fait réfléchir et se poser des questions.
De quoi faire une lecture agréable.
Mon seul reproche sur ce titre concerne le résumé qui, à mon sens, ne rend pas justice au texte. En effet, les différents résumés que j’ai pu lire (et surtout celui de chez Rivière Blanche, qui publie la version papier), donnent une impression de grand fourre-tout dont je suis sortie avec une impression embrouillée. Or, le texte est extrêmement clair, précis, et absolument pas fouillis. Ne vous y fiez pas si vous hésitez à vous procurer le titre.
N’aillez d’ailleurs aucune hésitation.
Bien qu’aucune suite ne soit prévue, comme pour Or et Nuit le potentiel est là et pourrait s’y prêter. Serais-je un peu gourmande ?
C’est ce qui arrive avec les trop bonnes histoires.

Pour qui : Les lecteurs qui aiment les histoires qui se lisent vite et bien, pleine d’action et de personnages hauts en couleurs.

Les + : Un style toujours aussi précis, concis, maîtrisé, qui embarque le lecteur avec lui de la première à la dernière ligne. Des personnages crédibles et attachants, une histoire qui se tient et pose des questions tout à fait actuelles.

Les – : Comme souvent avec les coups de coeur, il n’y en a pas (et c’est même à ça qu’on les reconnaît !).

Infos pratiques
ISBN-13 : 978-1-61227-469-0
Pages : 232

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